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À propos
Les insectes subissent un déclin massif partout dans le monde. En tant qu’espèce dominante, nous devons nous sentir particulièrement concernés par ce déclin, puisque les activités humaines en sont les premières causes, dont entre autres, l’urbanisation. Pourtant, si les villes sont aménagées correctement, elles pourraient accueillir une large gamme d’espèces.
Si toutes les familles d’insectes sont concernées par ce déclin, certaines nous rendent des services précieux parfaitement gratuitement. La perte de diversité entomologique pourrait conduire à une perte des services qu’elle rend, telle que la pollinisation, la lutte contre les ravageurs des cultures ou la décomposition de la matière organique.
Dans ce sens, la famille des Syrphidés est particulièrement intéressante. Ces insectes, cousins des mouches, sont tous pollinisateurs lorsqu’ils sont adultes, tandis que leur stade larvaire présente plusieurs régimes alimentaires différents. Les espèces dites « amies du jardin » sont les espèces dont les larves mangent des pucerons. Leur voracité en fait d’excellents auxiliaires des cultures. D’autres espèces, ont besoin de petit plan d’eau, de bulbes ou encore de matière organique ou de bois mort en décomposition pour leurs larves. Ces différents régimes alimentaires des larves sont très utiles pour les chercheurs, car ils nous indiquent les éléments du territoire qui sont forcément présents si l’espèce est détectée. Au contraire, si aucune espèce à larve aquatique n’est présente, par exemple, on peut en déduire que des plans d’eau sont manquants dans la proximité du point d’échantillonnage.
Les différents types de tissus urbains ne sont pas forcément équivalents face à leur potentiel d’accueil pour la biodiversité entomologique. Pour assurer la survie d’un maximum d’espèces en ville, il est important de maintenir un réseau d'espaces verts et de milieux semi-naturels favorables reliés entre eux dans tous les types de tissus urbains. La connectivité des habitats naturels et semi-naturel en ville est primordiale pour assurer les déplacements des espèces. A ce jour, aucun modèle de connectivité des milieux urbains n’a encore vu le jour pour les insectes. Ce projet propose de combler cette lacune, ainsi que de mettre au jour les potentialités d’accueil des différents tissus urbains pour les insectes.
La spécificité de cette recherche sur les syrphes en milieu urbain tient aussi dans sa dimension de recherche artistique. Il ne suffit pas toujours de se focaliser sur l’aspect utilitaire des syrphes et autres insectes dans nos villes ou de connaître des résultats quantitatifs pour agir politiquement ou sensibiliser les citoyen.ne.s. La recherche artistique cherche à fabriquer les conditions d'une relation sensible avec ces insectes en milieu urbain. Comment se rendre disponible à un vivant qui vole à quelques centimètres du sol, se pose sur une fleur, imite l'abeille pour survivre ? Comment faire l'expérience, avec son propre corps, d'un monde à cette échelle si petite ?
Depuis plus d'un an, nous avançons de manière pluridisciplinaire : mini-séminaires, atelier commun, arpentages (technique de lecture collective). Ces temps partagés ont produit une compréhension croisée des syrphes, à la fois précise et incarnée. C'est de ce va-et-vient que naissent nos propositions.
Les objectifs du projet
A Genève, la qualité des milieux urbains permettrait d’abriter une diversité entomologique importante. En utilisant les syrphes comme groupe cible nous avons pu:
- Comparer la diversité entomologique entre différents types de tissus urbains (villa, développement, industriel) ;
- Concevoir une carte de connectivité des milieux urbains genevois pour les insectes ;
- Faire connaître les syrphes grâce à une approche artistique innovante.
Résultats
Art
Nous avons imaginé des interviews et des performances dansées, filmées en capsules vidéo, inspirées de ce que nous avons appris des syrphes : leurs modes de vol, leur rapport aux fleurs, leurs habitats, leur mimétisme. Chaque capsule fonctionne comme un protocole que n'importe qui peut rejouer — chez soi, dans un parc, dans son jardin, sur son balcon. Ces vidéos sont tournées sur les sites mêmes où ont été posées les tentes Malaise ayant permis la capture des syrphes : la recherche artistique s'inscrit ainsi dans la géographie exacte de la recherche scientifique.
- Nous avons également développé des ateliers citoyens croisant connaissances scientifiques et expérimentations artistiques qui permettent de mieux comprendre la manière dont les syrphes habitent nos villes. Nous avons documenté ce processus afin de proposer ces formats auprès des communes partenaires du projet.
- Toutes ces expériences convergent vers un objet unique : un site web où les données scientifiques et les expériences artistiques occupent le même plan. Sur une même carte se déploient les analyses des populations de syrphes, les hypothèses de connectivité des espaces à l'échelle des insectes, les recommandations d'aménagement urbain et, aux mêmes coordonnées, les capsules chorégraphiques à regarder et à refaire.
Entomologie
Au total, sur les 43 sites de l’étude, 6'951 individus ont été capturés et identifiés pour 72 espèces de syrphes détectées. Le nombre d’espèces par site est fortement corrélé (négativement) à la quantité de surface imperméable présente sur la parcelle, qui est elle-même corrélée au type de tissus urbain. Les parcelles de villa présentent à la fois les plus faibles quantités de surface imperméabilisée et les plus grands nombres d’espèces, tandis que l’exact inverse est constaté pour les parcelles industrielles. Les parcelles en zone de développement présentent des valeurs intermédiaires pour la richesse des syrphes et pour la quantité de surface imperméable.
Connectivité
Promouvoir la connectivité écologique permet aux espèces mobiles tels que les syrphes de se déplacer plus facilement ce qui favorise le maintien d'une plus grande diversité d'espèces et renforce la capacité des populations à s'adapter aux changements du paysage urbain, comme les nouvelles constructions ou les modifications de l'occupation du sol. En réduisant l'effet de barrière créé par les zones fortement urbanisées, un réseau d'habitats connectés contribue au maintien de la biodiversité à l'échelle du territoire.
Les chercheur·euse·s et partenaires du projet
HEPIA
Alain Dubois, Professeur associé HES, Architecture du paysage
Claude Fischer, Professeur HES, Gestion de la nature
Dominique Fleury, Professeur HES, Agronomie
Patrice Prunier, Professeur HES, Gestion de la nature
Charlène Heiniger, Adjointe scientifique HES, Gestion de la nature
Loreto Urbina, Adjointe scientifique HES, Gestion de la nature
Lise Deront, Collaboratrice scientifique HES, Architecture du paysage
Mia Critico, Assistante HES, Gestion de la nature
Romain Martinuzzi, Assistant HES, Gestion de la nature
Alizée Testard, Assistante HES, Architecture du paysage
HEAD - Genève
Benoît Renaudin, chercheur associé, Design
La Manufacture, Haute école des arts de la scène - HES-SO
Isis Fahmy, chercheuse associée, Art performatif
Meggie Blankschyn, Assistante HES, mission recherche
Alice Gratet, Assistantx HES, mission recherche
Collaborateur·ice·x·s externes
Charles Chalas, identité visuelle, design graphique & web développement
Giuseppe Greco, vidéaste indépendant
Florence Widmer Garcia, Atelier Superpapier
Partenaires du projet
Syrphes en ville est un projet de recherche pluridisciplinaire appliquée financée par le programme Territoire en recherche du Centre interdisciplinaire de la HES-SO Genève (CITÉ), en partenariat avec l'Office de l'urbanisme (OU) et le Bureau de l'intégration de la citoyenneté (BIC) de la République et du Canton de Genève, avec le soutien des communes de Meyrin, Carouge, Versoix, Lancy, Plan-les-Ouates, Chêne-Bougeries, Bernex ainsi que la CODHA et Pro Natura.
Recommandations
Les insectes subissent un déclin massif partout dans le monde. A Genève, la qualité des milieux urbains permettrait d’abriter une diversité entomologique importante. Grâce à un groupe d’insecte cible, les syrphes, nous avons pu : comparer la diversité entomologique entre différents types de tissus urbains ; concevoir une carte de connectivité des milieux urbains genevois pour les insectes et faire connaître les syrphes grâce à une approche artistique innovante.
Si le modèle « gazon-haie » est encore largement répandu en ville dans tous les types de tissus urbains, nos résultats montrent que la diversité des syrphes dépend largement de la quantité de surfaces perméables. De plus, la diversification des petites structures de type, bois morts, quilles (arbre coupé, dont le tronc reste debout sur pied), petits plans d’eau, arbres sénescents etc. offrent les conditions favorables à la survie et au développement d’un grand nombre d’espèces. Nos résultats soulignent aussi l’importance de préserver des espaces végétalisés variés et bien connectés, à différentes échelles, pour favoriser la diversité des syrphes en ville.
En choisissant de partager résultats de recherches scientifiques et artistiques, nous supposons qu'une donnée de terrain et un geste dansé sont deux manières légitimes de connaître un être vivant, et qu'un·e habitant·e du Grand Genève peut passer de l'une à l'autre sans hiérarchie pour agir en faveur de la biodiversité.
Afin de maintenir la biodiversité à l'échelle du territoire, nous recommandons de :
Dégrapper les enrobés imperméables
partout où cela est possible et implanter de la prairie extensive indigène (particulièrement dans le tissu industriel).
Conserver les structures semi-naturelles existantes
(haies libres, prairies, plan d’eau urbains, etc.) (Particulièrement lors de changements de zone d’affectation ou lors d’une démolition-reconstruction, même sans changement de zone d’affectation).
Concevoir les espaces extérieurs en amont des constructions
lorsque la conservation de l’existant s’avère impossible.
Réduire la pression d’entretien dans tous les types de tissus urbains
et conserver un entretien intensif uniquement là où cela est vraiment nécessaire.
Préserver des espaces verts de qualité
dans les zones importantes pour le déplacement des syrphes, notamment en appliquant les mesures présentées précédemment, et d’éviter autant que possible d’augmenter la hauteur des bâtiments.
Réduire l'effet de barrière créé par les zones fortement urbanisées
en restaurant et/ou en renforçant le réseau d'habitats connectés riches en ressources.
Maintenir des corridors avec les milieux naturels et semi-naturels
en périphérie.
Sensibiliser les citoyen.ne.s sur les enjeux de cohabitation avec les syrphes et les autres insectes
en apprenant à mieux les connaître et les reconnaître grâce à des ateliers participatifs croisant les résultats scientifiques et artistiques de notre recherche au sein des communes.